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1833 Vidocq et la 1ère agence de l'histoire?

La France est le berceau de la profession d’enquêteur privé avec l’ouverture de la première agence en 1833, lorsque Eugène-François Vidocq fonde à Paris le « bureau des renseignements dans l’intérêt du commerce » qui, aura plus de 20.000 clients.

Difficile donc de s’intéresser à la profession sans s’intéresser à la biographie de Vidocq.




Origines : Vidocq, le malfrat Vidocq roi de l'évasion et du déguisement.


Ce fils de boulanger né le 24 juillet 1775 à Arras quitta tôt le domicile, autours de ses 16 ans, à la suite de larcins commis dans la maison paternelle, dont un détournement de deux mille francs à la suite d’une effraction, pour Ostende avec le projet de rejoindre l’Amérique, mais l’échec de ce projet suite à son propre dépouillement par des malfaiteurs l’ayant attiré dans un lieu suspect le fit, pour survivre, s’engager au service de l’acrobate Coste-Comus des Variétés amusantes où il allumait les lampions et soignait les singes.

C’est en 1791 après son retour à Arras et avec le consentement de son père qu’il s’engagea dans le régiment de Bourbon de l’armée révolutionnaire, avec lequel à 18 ans il prend part aux batailles de Valmy et Jemmapes, qu’il déserta ensuite suite à une querelle avec un sergent-major, pour rejoindre un régiment de chasseurs, mais la crainte d’être traduit devant un conseil de guerre l’amena à servir sous un drapeau étranger, au sein des cuirassiers autrichiens de Kinski, avant que leur rigueur ne lui rappelle sa qualité de français et qu’il décide de revenir dans son ancien régiment de chasseurs, et de brièvement sévir dans le nord de la France à l’époque de la Terreur sous le nom de Rousseau, aidant alors diverses bandes armées.

Il épousera suite à une blessure à la jambe qui lui permit de quitter momentanément le service la sœur d’un aide de camp de Joseph Lebon, Marie-Anne-Louise Chevalier, qui l’aura contraint au mariage en lui faisant croire qu’elle était enceinte, puis la quitta en lui volant ses économies et repris ses errances, rejoignant l’armée roulante, qui désigne ceux qui profitent de la guerre pour ne vivre que grâce et pour le butin, et parvenant grâce au dérèglement de la discipline à devenir lieutenant puis capitaine des hussards.

Gratifié d’une somme de quinze mille francs par une dame chez laquelle il était logé, il se dirigea vers Paris puis Lille.

Il dépensera rapidement cette somme à Paris, puis se rendra dans le nord, vers Douai, où il sera emprisonné en 1796 suite à une voie de fait exercée sur un officier du génie avec lequel il s’était trouvé une rivalité, il subira alors un emprisonnement correctionnel.

Ce sera l’occasion d’une sentence criminelle de huit ans de fers pour complicité dans la fabrication du faux ordre de mise en liberté d’un cultivateur condamné pour vol de blé.

Il apprendra à Bicêtre la savate auprès de Jean Goupil.

Il est ensuite incorporé à un groupe de forçats destinés au bagne de Brest, où ils seront menés durant un voyage éprouvant de 80 jours, et d’où il tentera de s’évader une première fois en forêt de Compiègne puis une seconde en se brisant les deux chevilles en tentant de sauter le mur d’enceinte.

Il réussira à s’en évader en 1798 en se faisant passer pour un marin 8 jours après son arrivée, grâce à des vêtements qu’il dissimule dans l’arsenal où il travaille.

Reconnu, et se faisant passer pour un déserteur de la marine, il sera conduit à la prison maritime de Pontaniou destinée aux marins, de laquelle il s’évadera à nouveau sous le costume d’une religieuse.

De nouveau arrêté, il est emprisonné au bagne de Toulon dont il s’évadera en 1800.

Dénoncé et de nouveau livré à la justice, il sera conduit dans les prisons de Douai desquelles il s’évadera à nouveau pour créer un petit commerce à Paris.

Ce commerce aurait pu prospérer s’il n’avait dû continuellement rétribuer la discrétion de ses anciens camarades de captivité.

Ses évasions successives lui valent auprès des gens du milieu une notoriété sans égale.


De cette première tranche de vie ressortira une chose, essentielle : Vidocq est doué pour le déguisement et l’évasion.

De nombreuses fois incarcéré, il a toujours su trouver un moyen de s’évader, souvent des plus inventifs.


(Cette première tranche de sa vie, aventurière, inspirera le personnage de Rodolph dans le roman « Les mystères de Paris » de Eugène Sue de 1842, personnage d’origine princière qui tente de régler les problèmes des personnages qu’il croise dans ses pérégrinations à travers diverses couches de la société, en ayant une parfaite compréhension de l’argot et des milieux de la pègre)




Reconversion : Vidocq, le policier.


De nouveau arrêté en 1809, et finalement décidé à servir la société, ou du moins faute de meilleures voies, il prendra le part d’offrir son concours à la police de sûreté sous la condition de subir le restant de sa peine dans la maison de force qu’on voudrait lui désigner.

Son offre fut acceptée, et il entrera dans les rangs et bientôt à la tête d’une bande d’agents secrets dont l’industrie consiste à servir comme agent double dans les prisons, appliquant aux malfaiteurs et leur recherche les ressources qu’eux même déployaient pour préparer leurs méfaits, allant des ruses de police aux astucieux déguisements, en passant par d’ignobles perfidies (selon sa propre expression dans ses mémoires publiées en 1828 et 1829 sous forme de quatre volumes connaissant un grand succès).

Il est officieusement nommé chef de la brigade de sûreté de la préfecture de police de Paris (ancêtre de la police judiciaire parisienne), pour ensuite en devenir officiellement directeur une fois gracié en 1818.

Son service de police, composé entre autres d’anciens condamnés aux méthodes peu orthodoxes, obtient d’excellents résultats.

Il donnera sa démission sous l’administration de Monsieur Delaveau qui voulait alors moraliser la police.

Faute de voies, Vidocq pris alors le parti d’aller en 1809 offrir son concours à la Police de la sûreté.

Accepté parmi eux, il appliquera à la recherche des malfaiteurs toutes sortes de méthodes, des ruses de police, astucieux déguisements et infiltrations audacieuses, aux ignobles perfidies (selon ses propres Mémoires rédigées en 1828 et 1829).

Officieusement nommé chef de la brigade de sûreté de la Préfecture de Police de Paris (ancêtre de la Police Judiciaire parisienne), puis officiellement directeur de cette Police une fois gracié en 1818 par lettres patentes de Louis 18, il officiera aux côtés d’anciens condamnés aux méthodes parfois peu orthodoxes avec d’excellents résultats jusqu’en 1827, date de sa démission.

Retiré à Saint-Mandé dans une maison modeste qu’il fait construire, il fonde une fabrique de papiers infalsifiables destinée à recevoir uniquement le service des repris de justice qu’il tente d’aider à la réinsertion, mais faute d’appui du gouvernement et face à la répugnance des détaillants de Paris à utiliser son produit, il sera contraint à une liquidation onéreuse.

Il réintègrera en 1832, à 57 ans, la police, à nouveau fait chef de la sûreté, mais officiant sous forme d’une force politique, et figurant dans les bandes d’assommeurs chargées d’intimider les ennemis du nouvel ordre, notamment lors de l’insurrection des 5 et 6 juin 1832.

Il revendique 3 fois plus de captures que les policiers classiques entre 1811 et 1827, plus de 16000 arrestations.


De cette tranche de vie, on retiendra qu’il est un excellent physionomiste, méthodique, qui repère toute personne qu’il a préalablement dévisagée, et excelle dans l’art du déguisement et de l’infiltration.




Apogée : Vidocq, le père de l'enquête privée.


C’est alors en 1833 qu’il quitte définitivement le service public, et décide d’ouvrir à Paris sa propre agence de police privée, le « bureau de renseignements pour le commerce ».

Cette agence, prototype de police privée, se consacre d'une part à l'intérêt des familles dans le cadre d'affaires d'adultère, de succession et de disparition, d'autre part à celui des commerçants auxquels il fournit des services de renseignement et de surveillance économique sur des auteurs d'escroquerie.

C’est la naissance de la première agence d’enquête privée.

Sa devise est : "haine et guerre aux fripons, dévouement sans borne au commerce".

Cette agence aura un fort succès et s’installera au 13 passage Vivienne dans le 2e arrondissement.


Finalement, son talent pour le déguisement, la filature, l’infiltration, vont lui permettre de pouvoir se vanter d’avoir servi plus de 20000 clients.

Les expériences acquises durant toute sa vie de malfrat puis de chef de la sûreté sont ici réutilisées par Vidocq pour officier directement pour ses clients.




Chute : Vidocq, confirmant la place de l’enquête privée face à l’inimitié de l’enquête publique.


Le contexte du succès de Vidocq est particulier.

La révolution industrielle est accompagnée d’une forte urbanisation, et les classes laborieuses pauvres vont faire émerger un climat propice au crime, qui se verra transféré des zones rurales aux villes, avec la peur du crime qu’il génère.

Cette recrudescence criminelle va permettre à l’agence de Vidocq d’opérer avec succès, lui qui connaît alors parfaitement les rouages des fonctionnements criminels et le milieu, sur lequel il publiera même un essai en 1836 intitulé « Les voleurs » dans lequel il tente de dévoiler une physiologie de leurs mœurs et langage).

Mais les succès qu’il connut en tant que chef de la sûreté lui attirent de nombreux ennemis, autant dans la pègre que dans le pouvoir.

Par deux fois, ses supérieurs le firent démissionner entre 1811 et 1827, tandis qu’il est accusé d’avoir lui-même monté certains des coups qu’il a ensuite arrêtés pour gonfler son ratio du triple des arrestations de la police classique, allégations que la justice ne retiendra pas.

Ces inimitiés le poursuivront dans son activité d’enquêteur privé après 1833 au sein du bureau de renseignements.

Le domaine d’activité de l’enquête privée dépassait le simple conseil commercial pour s’intéresser aux cas des époux volages, dans un contexte où l’adultère, encore considéré comme une infraction pénale, et qui le restera jusqu’en 1975, relevait de la police.

Ainsi, il sera victime dans le cadre de ces activités de deux actions en police correctionnelles pour escroquerie montées contre lui, en 1837 puis 1843, mais sera innocenté par un jugement de la cour royale, grâce à l’intervention de personnages influents.

Son agence exercera alors une concurrence à la police officielle qui devra composer avec lui.


De la poursuite de ces rivalités dans le cadre de l’activité de son agence privée va naître une divergence franche des activités de l’enquêteur privé et de l’enquête publique.

Cette concurrence malvenue amènera à la fermeture de l’agence en 1837.

Mais la profession était née, et Vidocq va ici affirmer la place de l’enquêteur privé, et pérenniser l’avenir de la profession.




Postérité :


Son agence est réputée être la première agence de détective privé de l'histoire.




Pour approfondir :


https://fr.wikipedia.org/wiki/Eug%C3%A8ne-Fran%C3%A7ois_Vidocq

http://fvidocq.free.fr/Menu.html




Cet article n'a pas vocation à être exhaustif, ni parfait, mais vise à dresser un portrait de ce personnage central de la profession.

N'hésitez pas à apporter toutes précisions ou correctifs en commentaires, la critique est toujours bienvenue lorsqu'elle est constructive!



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